Quand on n’a pas forcément le courage de réaliser ses rêves et pas l’envie de vivre comme tout le monde, on attend. C’est fou ce qu’il y a à faire quand on attend.
Du moment qu’on ne se souvienne pas.
Histoire d’un clown blanc, muet. Histoire d’un clochard aussi. Une, parmi tant d’autres qui naissent et s’éteignent dans la griserie quotidienne. Sans témoin oculaire. Car pourquoi regarder ? La plupart du temps, il ne se passe rien d’extraordinaire au milieu des cartons et des poubelles. Rien de beau. Qu’un goût amer collé à la pupille. Surtout quand le héros de l’histoire a décidé d’arrêter de rêver.
Mais que se passe-t-il quand il est soudain regardé?
Après l’étonnement, la surprise, la peur et le réconfort recherché dans l’étreinte serrée d’une petite boîte en bois, le clown s’approche. Il rencontre. Il touche. Des nez, des mains, des cheveux, des oreilles. Et voilà que les idées naissent. Il tend une fleur à la plus belle. Puis s’en retourne, timide et charmé.
Un journal accroche ses pas. Imitation alors. De ceux qui lisent leur journal, chaque matin. Parce qu’il faut savoir tout de même. Sans se mouiller plus que leurs doigts qui trempent le bout de croissant quand une nouvelle les surprend. Puis le journal se transforme en bateau et emporte le clown et une belle dame sur l’air d’une valse musette.
C’est une journée particulière aujourd’hui. Et cet être effacé, timide et maladroit, sent renaître ses rêves au fils des minutes qui coulent. Il reprend goût au jeu. À ses jeux quotidiens. Celui de la poubelle qui cachait du pop-corn, celui de la manche du joueur d’accordéon.
C’est avec des yeux rieurs à présent qu’il étale sa vie devenue théâtre. Un cirque.
Les images tristes et grises se font poésie.
Le clown jongle au milieu d’une pluie de bulles.
Mais la joie de ce songe n’est qu’éphémère et disparaît, à nouveau. Il se souvient, à la lecture d’une lettre, de ce qu’il était avant. De ce qu’il a perdu. De ce qu’il a enfui et enfermé au fond de sa petite boite en bois. Il l'entrouvre, enfin. Et le rêve, son rêve, apparaît. Il rejoue avec cet objet oublié, le faisant rouler, s’envoler dans les airs. Mais ce rêve ne tient plus qu’à fil, rongé par les jours de lassitude. Et le clown, émerveillé par son rêve retrouvé, en oublie sa fragilité. Jusqu'à ce que le fil se brise.
Le rêve s’évanouit. Il ne reste plus qu’un drôle d’objet inerte sur le sol.
Mais…Peut-être que le rêve renaîtra.
Peut-être que les jours seront meilleurs après une nouvelle nuit dans sa propre boîte.
Dans sa vie de carton.
Peut-être…
Spectacle de rue, de salle et sous chapiteau
Tout public, d’une durée de 50 minutes
Création 2005
Produit par la compagnie Ecknobul
Le personnage est une sorte de nouveau clown blanc. Un mélange entre un Pierrot et un Auguste.Un clown qui a gardé la sensibilité et la poésie du clown blanc mais qui serait devenu sdf. Un clown sdf qui serait moins distant, moins éloigné de ce que nous sommes. Un clown plus humain et donc plus accessible qui ne se cantonnera pas dans l’humour mais mêlera humour, sensibilité, poésie en ne craignant pas d’aborder la tristesse.
Il s’agit d’un clown. Le contact avec le public sera donc frontal et direct, le clown étant par définition un personnage vivant l’instant présent. Sensible à ce qui se passe autour de lui et à la recherche de contact, ce clown vivra en interaction avec le public et évoluera selon ses réactions.
Même si un canevas est tracé, le personnage ne vivra pas son histoire de la même manière à chaque représentation. En effet, l’évolution du clown dépendra des réactions du public. Chaque interaction avec les spectateurs le poussera vers de nouvelles directions. Il se réfugiera dès lors dans la peur, la joie, la colère, la tristesse ou l’amour selon ce qu’il vit car il reste, tout au long du spectacle, libre de ses sentiments. Ainsi, l’histoire qu’il racontera ne sera jamais tout à fait la même d’un soir à l’autre.
Les moments de jonglage – un de balle-contact avec une balle acrylique et un de diabolo – sont incorporés dans le spectacle pour traduire, d’une manière corporelle et imagée d’un sentiment traversé par la clown lors d’une scène. Ainsi, même si la technique est maîtrisée, ce ne sera pas l’exploit technique qui sera mis en avant mais bien le jeu du personnage et son émotion.
Un carton, un réverbère, une poubelle et une valise. Voilà en quoi consiste le décor du Cirque du miroir. Nous avons opté pour cela car le clown n’a pas réellement besoin d’éléments pour exister. Cependant, ici, le décor, aussi minimaliste qu’il soit, est nécessaire au spectacle car il installe un environnement concret : celui de la rue.
De ces éléments, d’autres peuvent en sortir. Ainsi, ce qui ressemblait à une vulgaire poubelle peut s’avérer être une caverne d’Ali Baba d’où émergent toutes sortes d’objets : un accordéon, un sachet rempli de pop corn, des partitions de musique, des objets quelconques qui, mis ensemble, forment une femme fictive. De la valise sortent des ballons qui déclenchent une pluie de bulles. Dans la boîte portée précieusement par le clown se cache son secret. Une vie se cache donc derrière ce décor minimaliste.
Ce spectacle nécessite une ambiance intimiste afin que le personnage et le public soient au plus proches, soient confidents. Ainsi, en salle, les lumières et la musique favorisent cela.
En rue, les espaces qui favorisent l’intimité sont à privilégier, les cours et les impasses sont, par exemple, des endroits propices à ce genre d’ambiance.